Depuis 2009, le continent Africain a vu 60 millions d’hectares de ses terres vendus ou loués à des fonds d’investissement étrangers. Mais si ils promettent nombres d’emploies à la population locale, la réalité est autre et pourrait aboutir à des déportations massives.
L’Oakland institute travaille depuis une dizaine d’années à dénoncer ce genre de contrats par le biais de nombreux rapports publiés sur leur site internet. A travers ces comptes-rendus, on constate que de nombreuses sociétés de gestion d’actif, pour la plupart européennes, achètent à des prix défiant toute concurrence des milliers d’hectares de terre fertile dans plusieurs pays d’Afrique. La plus impliquée de ces sociétés est Emergent. Basée à Londres, elle prétend détenir les principaux fonds d’investissement agricole africain. Elle est aujourd’hui dirigée par d’anciens employés des deux banques directement impliquées dans la crise des « subprimes » aux Etats-unis en 2008, J.P. Morgans et Goldman Sachs.
Harvard investit 500 millions de dollars
Les fonds pour acheter ces terres viennent de différents investisseurs cherchant un placement à haut risque mais à fort intérêt. En effet, Emergent espère obtenir un rendement de 25%. Parmi les investisseurs on trouve les universités Américaine. En effet, un investisseur majeur d’Emergent est l’université mondialement connue de Harvard. Cette dernière aurait placé dans la société anglaise 500 millions de dollars, soit prés de 350 millions d’euros. Pas grand-chose quand on sait que l’université brasse environ 4 milliards de revenu annuel avec une valeur estimé à plus de 26 milliard de dollars en 2009. « Les fonds de dotation universitaires et les fonds de pension sont évidemment des investisseurs privilégiant le long terme. Nous investissons dans l’agriculture en Afrique, nous y créons des entreprises et des emplois. Les sommes engagées sont élevées. Nous voulons augmenter la valeur des terres. (…)La taille est un facteur important, car les économies d’échelle permettent d’accroître la productivité », assure Emergent. Mais la réalité est tout autre. A en croire l’Oakland Institute, les investisseurs ont menti aux autorités locales. La directrice de l’institut, Anuradha Mittal dénonce le fait que “Les entreprises ont été en mesure de créer des niveaux complexes de sociétés et de filiales afin d’éviter d’attirer l’attention des autorités de tutelle, par ailleurs mal armées. A bien analyser les contrats, on s’aperçoit que nombre d’entre eux créeront peu d’emplois et évinceront des milliers et des milliers d’occupants de ces terres”.
En Tanzanie, un autre établissement d’enseignement supérieur américain, l’université d’Iowa, a reconnu avoir investi pas moins de 700 millions de dollars en Afrique. Dans un accord signé entre le gouvernement local et Agrisol Energy, groupe d’exploitation agricole américain représentant l’université, 325,000 hectares de terres ont été échangés. Les trois emplacements retenus sont les trois plus grands camps de réfugié en Tanzanie, Lugufu (25 000 ha ), Katumba (80,000 ha), Mishamo (219,800 ha). Ils abritent depuis plus de 40 ans 160.000 Burundais. Ces derniers ont fui leur pays dans les années 70, lors de violences entre les différentes ethnies. Les réfugiés étaient en attente de recevoir la nationalité tanzanienne, promise par le gouvernement local. Suite au contrat signé avec Agrisol Energy, la plupart des réfugiés seront renvoyé au Burundi.
3 centimes l’hectare au Sud-Soudan.
Les universités ne sont pas les seuls investisseurs. Malheureusement, du au caractère secret des négociations, il est très difficile d’en connaitre tout les détails.
Mais c’est au Sud-Soudan que la situation est la plus préoccupante. Ainsi, une entreprise texane, Nile trading and Development Inc, serait devenue propriétaire pour les cinquante prochaines années de 600.000 hectares de terrain pour 25.000 dollars soit 17.500 euros. Le prix de l’hectare devenant presque insultant, 3 centimes. Il faut savoir que les contrats signés donnent droit aux différentes sociétés propriétaires d’exploiter toutes les ressources disponibles. Cela inclus les forêts, les terres cultivables, mais aussi et surtout les sous-sols qui regorgent de pétrole et de diamants.
Par le passé déjà, plusieurs entreprises asiatiques, principalement chinoises, avaient été montrés du doigt pour des contrats similaires. Et c’est justement la stigmatisation du marché asiatique qui permet aux investisseurs occidentaux d’acheter pour des prix dérisoires des milliers d’hectares. Pourtant personne ne semble empêcher les nouveaux contrats d’être signés. Des contrats bien plus importants sur le plan financier et immobilier.









